Du caprice à la danse… la ligne d’un  programme

2018-09-11-affiche-concert-francois-veilhan-flutiste-paris-france

2018-09-11-affiche-concert-francois-veilhan-flutiste-paris-france

Plus j’avance, plus les projets musicaux prennent corps les uns à la suite des autres,

plus la construction d’un programme  m’apparaît comme quelque chose de primordial.

C’est le chemin dans lequel je vais me couler

et traverser le concert avec le public.

 

Ainsi pour les deux récitals flûte seule des 11 et 18 septembre à l’église des Blancs-Manteaux à Paris.

 

Le premier programme, très actif et varié, redoutable aussi,

était bâti sur l’idée de caprice.

Trois Caprices d’Anton Stamitz demandent d’épouser la grâce, la clarté des lignes mélodiques.

Le Caprice n°4 de Paganini, en do min (mon préféré) me donne l’impression de rompre

avec des éclats virtuoses implacables,

un thème qui toujours, en filigrane , structure le chant qui se développe peu à peu, divague et s’apaise.

La Flûte de Pan de Debussy, soudain déplie l’espace sonore autour de la flûte.

Pour jouer cette pièce, je me soustrais à la vue du public.

Après la sonate en fa# mineur de Karg Elert qui alterne ses spirales chromatiques

avec des séquences en mode majeur assombri parfois,

la partita en la mineur de Bach dispense elle aussi ses chromatismes, ses tritons souvent âpres

dans sa somptueuse et régulière architecture.

La Sarabande se déroule, s’élance d’elle-même à partir des temps forts qui ne ferment jamais les phrases. La ligne s’éternise.

La bourrée s’appuie dans la terre.

 

Tout autre était le chemin que je proposai avec le second programme.

Ouvert par la Danse de la chèvre d’Honegger, dont j’aime la fragilité

– les traits semblent tracés à la plume d’une main maladroite et souveraine-,

se poursuivant avec le chant intime, implorant,  du 21ème Caprice de Paganini,

il s’immergeait dans les 25 minutes de la Suite en Ut mineur de Bach pour violoncelle (dont je propose ma transcription).

Une plongée dans l’ombre, avec des ponctuations graves qui émeuvent, surprennent,

avec le jeu des respirations qui restitue, dans un rubato renouvelé,

l’interminable discours qui  tournoie,

avec la dernière danse qui descend en balancement vers le grave

et étire ses notes longues dans le même mouvement, la même chute lente.

François Veilhan