2019, un nouveau projet : Flûte et images sonores
Dans le cadre de la création contemporaine je continue à chercher les traces d’une mémoire qui déjà charpente la sensibilité d’aujourd’hui.
Je réunis pour un programme un ensemble de pièces écrites pour flûte dialoguant avec des univers acoustiques fixés sur bande.
En effet, aujourd’hui, pour ce type de démarche, le compositeur va intégrer des modules de transformation du son en temps réel, grâce à l’informatique. Mais ce retour vers des paysages fixés sur bande, à peine connus des mélomanes, et imposant leurs propres relations entre son et plasticité s’avère d’une grande richesse. Quoiqu’il en soit, ces territoires restent contemporains.
Les oeuvres confrontent de diverses façons deux médiums : l’instrument évoluant en direct, et l’enregistrement déroulant un paysage immortalisé, un peu comme un tableau. Elles reposent différemment la question de l’interdisciplinarité qui irrigue les musiques des 20ème et 21ème siècles jusqu’à aujourd’hui.
La plasticienne Florence Marie a accueilli ce projet à sa naissance.

tableau Florence Marie
Œuvres de François Bousch, Michel Decoust, Alain Fourchotte, Jean-Luc Gillet, Alain Louvier, Biagio Putignano, Jean-Claude Risset , Kaija Saariaho, Roger Tessier…
- 30 juin 2019 L’Atelier de Florence Marie, Paris,
- 6 octobre 2019 15h Cathédrale Sainte Croix Paris Dialogue au Présent,
- 19 octobre 2019 17h La Forge Honfleur
Du caprice à la danse… la ligne d’un programme

2018-09-11-affiche-concert-francois-veilhan-flutiste-paris-france
Plus j’avance, plus les projets musicaux prennent corps les uns à la suite des autres,
plus la construction d’un programme m’apparaît comme quelque chose de primordial.
C’est le chemin dans lequel je vais me couler
et traverser le concert avec le public.
Ainsi pour les deux récitals flûte seule des 11 et 18 septembre à l’église des Blancs-Manteaux à Paris.
Le premier programme, très actif et varié, redoutable aussi,
était bâti sur l’idée de caprice.
Trois Caprices d’Anton Stamitz demandent d’épouser la grâce, la clarté des lignes mélodiques.
Le Caprice n°4 de Paganini, en do min (mon préféré) me donne l’impression de rompre
avec des éclats virtuoses implacables,
un thème qui toujours, en filigrane , structure le chant qui se développe peu à peu, divague et s’apaise.
La Flûte de Pan de Debussy, soudain déplie l’espace sonore autour de la flûte.
Pour jouer cette pièce, je me soustrais à la vue du public.
Après la sonate en fa# mineur de Karg Elert qui alterne ses spirales chromatiques
avec des séquences en mode majeur assombri parfois,
la partita en la mineur de Bach dispense elle aussi ses chromatismes, ses tritons souvent âpres
dans sa somptueuse et régulière architecture.
La Sarabande se déroule, s’élance d’elle-même à partir des temps forts qui ne ferment jamais les phrases. La ligne s’éternise.
La bourrée s’appuie dans la terre.
Tout autre était le chemin que je proposai avec le second programme.
Ouvert par la Danse de la chèvre d’Honegger, dont j’aime la fragilité
– les traits semblent tracés à la plume d’une main maladroite et souveraine-,
se poursuivant avec le chant intime, implorant, du 21ème Caprice de Paganini,
il s’immergeait dans les 25 minutes de la Suite en Ut mineur de Bach pour violoncelle (dont je propose ma transcription).
Une plongée dans l’ombre, avec des ponctuations graves qui émeuvent, surprennent,
avec le jeu des respirations qui restitue, dans un rubato renouvelé,
l’interminable discours qui tournoie,
avec la dernière danse qui descend en balancement vers le grave
et étire ses notes longues dans le même mouvement, la même chute lente.
François Veilhan
